Patrimoine culturel
L’hôtel de Courcy

Acquis par la Région Bretagne lors de la décentralisation, l’ancien hôtel particulier de Courcy, entièrement restauré, abrite aujourd’hui l'hémicycle régional construit dans l'immeuble mitoyen du couvent Bon-Pasteur attenant ainsi que le bureau et la salle de réception de son président.Visite guidée de cet ensemble occupé aujourd'hui par la collectivité.


Yannick Sauvage - CRB

Un ancien hôtel particulier du XIXe

L’hôtel portait à l’origine le nom de l’architecte rennais Louis-Guy Richelot. Il avait conçu pour lui-même les plans de cet hôtel particulier construit entre 1826 et 1830, dans un style néo-classique épuré répondant au goût de l’époque, où il résida jusqu’en 1842. De cette véritable maison des champs adossé au Thabor, il  subiste aujourd'hui des éléments significatifs à l'extérieur (large fronton à l'échelle monumentale de la façade surmontant quatre colonnes) comme à l'intérieur (trumeaux de glace et ornements en plâtre moulés appliqués comme des camées dans le salon central, chapiteaux à l'égyptienne du salon Ouest). C’est la famille de La Goublaye de Nantois qui y entreprit les transformations réalisées en 1885 : elles furent menées sous la direction de l'architecte Jobbé-Duval pour les décors intérieurs, dans un style inspiré du Second Empire, tandis que les pavements de mosaïque de marbre furent réalisés dans la cage de l'escalier d'honneur par le célèbre atelier Odorico (dynastie d'artisans italiens qui créèent leur entreprise à Rennes dès 1882 et y laissèrent de nombreuses mosaiques) : elles sont toujours visibles aujourd'hui (dans le hall d'entrée et au premier étage) tout comme la peinture au plafond signée par Jobbé-Duval au premier étage représentant "La vertu, la Vérité et la Mort". L’intérêt architectural de cet édifice rebaptisé hôtel de Courcy, du nom de la famille qui l'occupa ensuite avant qu'il soit racheté par l'Etat en 1950 pour y installer ses services administratifs, a été reconnu par le service des monuments historiques en 1973.

Vidéo : suivez la visite guidée  !

Une visite guidée par le conservateur Jean-Jacques Rioult : son histoire, son décor.

Cet hôtel particulier de trois étages se compose au premier étage de quatre pièces principales aujourd’hui préservées (grand salon, petit salon, ancienne salle à manger et chambre) et d’un remarquable escalier vestibule qui font l'essentiel de son intérêt patrimonial. Devenu propriété du Conseil régional de Bretagne après la décentralisation en 1983, l'hôtel a bénéficié alors de travaux importants pour accueillir les séances plénières du Conseil régional au sein d’un nouvel hémicycle régional (une salle semi-enterrée construite en 1984 dans un immeuble mitoyen) et abriter au premier étage de l’hôtel le bureau de son président et une salle de réception pour les dîners officiels. Une restauration complète a menée en 2008, vingt ans plus tard,  pour rénover et mettre aux normes de sécurité l’ancien hôtel particulier.

Courcy et Bon-Pasteur, des origines à aujourd'hui

L'hôtel de courcy
Entrée des officiels & des services
 

Vers 1830, Louis-Guy Richelot, architecte de la Ville, rachète plusieurs maisons du faubourg de la rue Hue, actuelle rue de Paris, pour se faire bâtir un hôtel particulier où il réside jusqu’en 1842. L'édifice, passé en 1885 à la famille de La Goublaye de Nantois qui y fait d'importants travaux, puis à celle de Courcy, est cédé en 1950 à l’État qui y installe des services administratifs. Le Conseil régional de Bretagne en fait l’acquisition en 1983 et le restaure entièrement. Selon la mode du début du XIXe siècle, l’hôtel est conçu comme une villa néo-classique adossée au Thabor et entourée de jardins. Sa façade principale, marquée par un avant-corps à colonnes couronné d'un large fronton triangulaire, est précédée jusqu’à la fin du XIXe siècle par une cour en hémicycle que ferme un mur aveugle surmonté d’une large terrasse surplombant la rue de Paris. Tenant compte de la déclivité du terrain, l’escalier d’honneur desservant l'étage de réception, est rejeté à l'arrière de l’hôtel dans une vaste et monumentale cage carrée qui permet également un accès direct au jardin. En 1886, les communs sont transformés, la terrasse sur la rue supprimée et la cour largement ouverte par une grille conforme au goût de la fin du XIXe siècle. À cette date, le décor intérieur de l’hôtel est enrichi par l’atelier Jobbé-Duval et le sol du vestibule orné d’un pavement de mosaïque de marbre par l’atelier Odorico.

Le couvent du Bon-Pasteur

Bâtiment édifié en 1749 face au jardin de la Motte, le couvent du Bon-Pasteur sert d’asile «aux femmes repenties ou aux filles en danger de se perdre», accueillies par la communauté du Bon-Pasteur. Caractéristique d’une laïcisation relative de l’architecture conventuelle au XVIIIe siècle, sa longue façade alternant les groupes de fenêtres superposées abrite à l’époque une chapelle, un choeur pour les religieuses, un réfectoire, un atelier ainsi que des cellules et dortoirs. À la Révolution, l’édifice sert de prison pour religieuses puis pour prêtres insermentés. Au long du XIXe siècle et jusqu’en 1956, le bâtiment est affecté à usage de caserne. Après diverses utilisations administratives, l’ancien couvent du Bon-Pasteur est acquis par le Conseil régional de Bretagne qui s’y installe en 1981.

Salle des assemblées régionales
Entrée du public

En 1983, le Conseil régional de Bretagne acquiert le terrain entre l’ancien couvent du Bon-Pasteur et le jardin de l’hôtel de Courcy afin d’y construire la salle des assemblées régionales. Située sur une parcelle triangulaire en forte pente, difficile à bâtir, le bâtiment conçu par l’architecte Bertrand Tessier doit en outre être enterré pour être le moins visible possible et comporter des accès multiples pour le public et des véhicules. La salle est conçue sous forme d’unités circulaires librement articulées entre elles, chacune directement éclairée par une verrière bombée dont la structure hélicoïdale évoque la coquille d’un escargot. L’ensemble est recouvert d’un emboîtement de bacs formant terrasses ou jardins en décrochement. Pour faire la jonction entre deux édifices aussi différents que l’ancien couvent du Bon-Pasteur et l’hôtel de Courcy, un parti pris d’une grande pureté artistique est retenu.: derrière un patio, un mur-écran de verre sombre ferme le bâtiment et reflète le mur d’eau conçu par Marta Pan.

Mur d’eau,  Marta Pan  (1984)

Née à Budapest en 1923, décédée à Paris en 2008, Marta Pan crée en 1984 pour le Conseil régional de Bretagne une sculpture  et indépendants�: un mur d’eau curviligne et une sculpture en demi-sphère posée au sol. Le tout est en granit de Lanhélin qui unit les deux éléments par sa couleur grise. L’eau glisse sur la pierre en douceur en suivant la courbe du mur. Avec la lumière du soleil reflétée par le liquide, le granit reprend son aspect minéral. L’eau s’engouffre dans le sol et repart à ses origines souterraines. L’aspect lisse de la demi-sphère en granit renvoie aussi la lumière. L’oeuvre, fondée sur la simplicité des formes géométriques, est visible depuis la rue à travers une fente réservée dans le mur d’enceinte et depuis l’intérieur du bâtiment.

Rennes, hôtel de Courcy, 9 rue Martenot, façade, vue générale
Vue de la facade Sud
Vue biaisée de la facade Sud-Est
Vue côté jardin côté Nord
Grand salon au premier étage
Vestibule premier étage, vue générale vers le sud.
Vestibule, porte du grand salon, sculpture (détail).
Vestibule, peinture plafond "La vertu, la Vérité et la Mort" de Jobbé-Duval
Vestibule,peinture plafond "La vertu, la Vérité et la Mort" de Jobbé-Duval (détail).
Haut escalier d'honneur, pavement en moasaique de l'atelier Odorico
Détail mosaique Odorico
Détail mosaique Odorico
Détail mosaique Odorico
L'hémicycle dans lequel siège l'assemblée régionale

Charles Crié


Tags : Arts et culture

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